Le surveillant pénitentiaire, prisonnier de son image

« Le Visiteur dans & hors les murs », magazine de l’Association nationale des personnes sous main de justice (ANVP), consacre dans son numéro de décembre 2022 un passionnant dossier au  métier de surveillant pénitentiaire.

Le surveillant, nous dit ce dossier, est « prisonnier de son image » : celle du « maton », simple porteur de clés avec pour mission d’empêcher les évasions. S’y ajoute un environnement professionnel détestable : des locaux délabrés, la violence qui rôde, le trop grand nombre des détenus et le sous-effectif du personnel.

L’image est pourtant trompeuse. Le « gardien » de prison avait pour mission presque unique le maintien de la population pénale dans le périmètre défini. Cyril Robineau, responsable de la formation des surveillants au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, souligne l’évolution de la fonction : surveiller, certes, mais aussi accompagner et parfois recadrer.

Arnaud Théval, élèves surveillants à l’ENAP, école nationale d’administration pénitentiaire

La matière du métier de surveillant, c’est l’humain, avec une tension entre le règlement et l’empathie. Cyril Robineau cite une situation : il intervient auprès de jeunes qui mettent leur musique trop fort, alors que dans la cellule voisine une personne détenue pour une affaire de mœurs, est en pleurs.

La prison, dit-il peut constituer pour les détenus « un moment pour se poser et pour rebondir ». Le surveillant les accompagne en vue de leur réinsertion. Il les aide à « retrouver l’estime de soi. Dire bonjour le matin, merci, au revoir, nettoyer sa cellule, se lever pour aller travailler et rembourser les parties civiles. »

Cyril Robineau insiste sur une autre évolution du métier de surveillant : la « labellisation » de procédures, telles que l’accueil des arrivants ou les conditions de détention à l’isolement. Les rôles de chacun sont très précisément décrits. Dans l’exécution de la procédure, tout est consigné par écrit. Ceci peut être perçu comme bureaucratique, mais l’objectif est de maintenir un haut niveau de qualité et de partager l’information avec tous les acteurs.

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Le mot « acteur » revient souvent dans le langage de la pénitentiaire. On parle de faire des surveillants « des acteurs de la détention ». Henri, surveillant à Tours et délégué Force Ouvrière, le reprend à son compte : « il s’agit d’être acteur dans son métier, dans sa coursive. Un rôle avec son côté théâtral ». Comme le formateur de Poitiers-Vivonne, il constate qu’avec les personnes détenues, « un réel dialogue s’est instauré qui n’existait pas auparavant. La prise en charge est meilleure, plus individualisée. On répond à plus de détresses et de besoins qu’auparavant. »

Le dossier du magazine de l’ANVP donne la parole à un détenu, des conseillères d’insertion, un visiteur. Il fournit de nombreuses informations sur le métier de la pénitentiaire : le recrutement et la formation, les grades, les rémunérations. Il cite une enquête réalisée auprès des 495 élèves entrés en août 2022 à l’École Nationale d’Administration Pénitentiaire d’Agen. On y lit en particulier que les femmes représentent 45% de la promotion ; que 29% des élèves viennent de l’Outre-mer ; que leur principale motivation était la sécurité de l’emploi (38%), suivie de près par l’intérêt pour le métier de surveillant (31%) ; que 29% de la promotion a eu au moins une expérience dans un métier de la sécurité.

Le dossier insiste sur des avantages méconnus du métier de surveillant : l’accès possible à des métiers nouveaux, tels que les équipes d’intervention (ERIS) ou le renseignement pénitentiaire. Les évolutions de carrière sont plus simples que dans d’autres administrations. On peut accéder plus vite à des responsabilités. Dans ma propre expérience de visiteur, je rencontre des femmes jeunes responsables de centaines de personnes détenues et de membres du personnel.

Le dossier ne fait pas l’impasse sur la situation difficile des établissements. « le sous-effectif crée fatigue et souffrance au travail, note Cyril Robineau. Est-ce que j’arrive à faire une vraie coupure lors de mon repos hebdomadaire ? Non, pas vraiment »

Xavier Denecker, visiteur à Bordeaux-Gradignan

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