Charente-Maritime : la contrôleure des prisons alerte sur les traitements « inhumains et dégradants » à Bédenac

La contrôleure générale des lieux de privations de liberté, Dominique Simonnot, dénonce dans un rapport publié mardi au Journal Officiel «un traitement inhumain ou dégradant» de détenus âgés, handicapés ou malades au centre de détention de Bédenac en Charente-Martitime.

Comme l’écrit le journal Le Monde, Les lecteurs du Journal Officiel du mardi 18 mai devront avoir le cœur bien accroché pour lire les recommandations du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) sur cette « unité de soutien et d’autonomie » de la prison de Bédenac, en Charente-Maritime.

Madame Simonnot dénonce la situation de personnes âgées, lourdement handicapées et souffrant de pathologies graves, maintenues en détention au mépris de leur dignité et en violation de leur droit à l’accès aux soins.

La CGLPL dénonce l’inaction des autorités sanitaires pourtant régulièrement averties des problèmes par les personnels soignants depuis quatre ans.

Elle estime que les conditions d’hébergement portent atteintes à la sécurité des personnes détenues : en cas d’incendie, comment sortir des personnes en fauteuil roulant, ou pire, des personnes grabataires dans des lits médicalisés plus larges que les portes de leurs cellules ?

Elle estime aussi que les possibilités judiciaires d’adaptation de la peine aux situations individuelles ne sont pas suffisamment exploitées. Un certain nombre de détenus dans ce service se sont vu refuser des libérations conditionnelles médicales. Ils n’ont pu assister aux décisions de justice les concernant dans des conditions légales.  Les notions de « dangerosité » et de « risque de récidive », souvent mises en avant par les experts et régulièrement retenues par les juges comme motif prépondérant de rejet, ne sont pas toujours analysées au regard de l’état physique de la personne détenue.

En complément de ce résumé, vous pouvez lire les recommandations en urgence relatives au centre de détention de Bédenac dans le site du CGLPL.

Les situations décrites dans ce rapport ne sont pas sans nous rappeler les problèmes de la santé dénoncés en 2001 par Véronique Vasseur dans son livre Médecin chef à la prison de la santé ou Non-lieu Un psychiatre en prison de Christiane de Beaurepaire en 2009.

Elles interrogent encore davantage sur le traitement inégal des personnes selon leur origine sociale et leurs relations (cf la libération d’un ancien maire de la région parisienne), inégalités particulièrement étudiées par Didier Fassin dans L’ombre du monde Une anthropologie de la condition carcérale en 2010.

Les visiteurs de prison que nous sommes connaissent les UHSI, Unités Hospitalières Sécurisées Interrégionales, qui accueillent les détenus malades en court séjour. Certains se demandent pourquoi il n’existe pas de lieux adaptés à des séjours plus longs, sortes d’EHPAD-prison.

Quoi qu’il en soit, la question essentielle est le sens de la peine. Quel sens cela a-t-il de garder en détention des personnes aussi gravement atteintes dans leur physique ou leur mental, parfois les deux, qui, d’évidence, ne risquent plus de récidiver et dont la fin de vie est parfois proche ?

Vous pouvez aussi lire utilement les articles cités ci-dessous :
cet article du journal Sud-Ouest,
celui-ci du journal Le Monde si vous y êtes abonné,
celui de France 3 Nouvelle Aquitaine
ou celui de France Bleu.

Lire enfin cet article du Journal Officiel de la République française comportant notamment les réponses de deux ministres concernés par les mesures à prendre, M. Olivier Véran, ministre de la santé, et M. Eric Dupond-Moretti, ministre de la justice :

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