Passeurs de drogue… Que faire ?

Depuis de nombreuses années des hommes et des femmes originaires de pays dans lesquels ils vivent dans la précarité se font recruter par des trafiquants pour transporter de la cocaïne, dans leurs bagages ou dans leur estomac, vers l’Europe. Arrivés en France, nombreux sont ceux qui sont arrêtés par les douanes à l’aéroport, et sont conduits dans nos prisons. 

Francine Lemaitre, visiteuse à la MAF de Fleury-Mérogis depuis 2005, qui parle espagnol et portugais, connaît bien ces femmes qui ont fait le voyage de leur lointain pays jusqu’ici. .

Voici son récent témoignage :

En ce moment et depuis le 4 décembre où grâce à l’ANVP, les visites ont pu reprendre, j’ai pu rencontrer des femmes, doublement confinées et toutes bien angoissées par la pandémie, ici et dans leur pays, par leur solitude, le manque d’activités, le temps qui s’éternise…

 Ce mois -ci j’ai rendu visite à quatre  femmes venues d’Amérique latine.

L’une d’elles, B. , pourrait être libérée en conditionnelle à partir de septembre. Le jour de son jugement, elle a fait une démarche de demande d’asile  car elle craint pour sa vie en cas de retour dans son pays. Elle a une adresse en France. Le dossier est étudié. Mais rien n’est sûr. B. est très anxieuse., elle pleure souvent…

Pour M. qui a signé sa libération conditionnelle mi -décembre, aucun départ encore prévu car il n’y a pas d’avion pour son pays et ce depuis presque un an ! Restera -t-elle jusqu’à la fin de sa peine ?

V., libérable depuis le 10  janvier, devrait renter chez elle cette semaine. Ses 2 enfants l’attendent depuis deux mois. Pour son pays, pourtant, il y avait des avions. Pourquoi tant d’attente ? Problèmes à la PAF (police aux frontières) ? Coordinations difficiles ?

A., âgée de 20 ans seulement, vient de rentrer chez elle, après 14 mois ici. Elle avait signé sa libération conditionnelle le 20 janvier. C’est une des rares qui ne s’est pas découragée et a toujours gardé confiance. 

Toutes les personnes détenues pour trafic de stupéfiants sont expulsées du territoire français avec une interdiction d’y revenir pendant  5 ou 10 ans .

Toutes écrivent, juste avant le départ, de chaleureuses lettres de remerciements pour les visites et pour notre Association, et promettent d’écrire de  « là -bas»…. Très peu le font.

Depuis la parution de notre livre de témoignages en 2015 , rien de nouveau. Les situations perdurent. Tant que les Européens  seront consommateurs de cocaïne et que les trafiquants repéreront des personnes vulnérables dans des quartiers de misère, femmes et hommes arriveront dans nos prisons avec le produit demandé et leur vie fracassée. Et nous, sur leur demande, les rencontrerons.

Que faire ? Le sujet est vaste. Mais il est important de  faire connaître ces situations et d’échanger entre nous, visiteurs de prison, au sein de notre Association, pour  nous ressourcer et éviter que ne vienne le découragement…

Francine LEMAITRE    23 mars 2021

Dans d’autres régions de France, des visiteurs rencontrent des personnes d’Amérique latine incarcérées pour trafic de cocaïne. C’est ce qui vient d’arriver à Jean-Jacques en Gironde. Jean-Jacques, inquiet des conséquences de la libération d’une vénézuélienne, s’est adressé à la Cimade qui intervient notamment dans les centres de rétention administrative.

La Cimade était en contact avec cette vénézuélienne. Son responsable a chaleureusement remercié Jean-Jacques pour le soutien apporté à cette personne en ces termes :

Ce que vous pouvez faire, cher Monsieur, je crois que vous le faites déjà et que vous le faites très bien, en lui rendant visite à la prison, en lui consacrant du temps et de l’attention, en vous montrant sensible à sa situation et en lui exprimant votre soutien. Je suis convaincu que le réconfort que vous – visiteurs de l’ANVP – apportez aux personnes incarcérées est vraiment précieux, d’autant plus dans le contexte actuel, avec le confinement et aussi au vu des conditions de vie dans un établissement aussi lourdement surpeuplé (maison d’arrêt de Gradignan).

En tant que membre de la Cimade, je vous remercie particulièrement de l’attention portée à cette femme venant de loin, éloignée de sa famille et ne parlant pas le français, ainsi qu’à d’autres personnes migrantes, pour lesquelles la condition carcérale peut s’avérer particulièrement difficile.

  • Ces personnes étrangères, pour lesquelles la détention peut s’avérer très difficile, font l’objet de la revue N° 109 / décembre 2020 de l’OIPDedans Dehors’.
  • En complément à cet article, vous pouvez commander le livre « On m’appelle la mule » de Francine Thonnelier-Lemaire en librairie Editions  Chronique Sociale, 2015

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