Portrait d’un visiteur de prison élu Président d’AUXILIA

Alain PETIOT visiteur de prison membre de l’ANVP,  est le nouveau  président d’Auxilia

Interview réalisée par Yves Racovski de l’ANVP

YR : Alain, qui êtes-vous ?

J’ai 64 ans, ancien journaliste. J’ai débuté ma carrière à Saint-Étienne puis exercé au journal Le Parisien en tant que secrétaire de rédaction.

En 2016, je suis devenu formateur pour adultes sur l’écrit professionnel, tout en me réservant du temps pour une activité de bénévolat à caractère social, dans la perspective de ma retraite effective depuis juillet dernier.

YR : Pourquoi devenir visiteur ?

J’ai toujours été intrigué par l ‘univers carcéral. Connaissant l’existence de cette fonction, je me suis connecté sur le site de l’ANVP et j’ai adhéré. C’est ainsi que je suis devenu visiteur de prison à Fleury-Mérogis après avoir attendu presque un an mon agrément. Fleury-Mérogis, c’est immense, la plus grande prison d’Europe. Avec le temps, on finit par avoir ses repères et par connaître certains surveillants du parloir. Une fois par semaine, je visite trois personnes détenues, l’une d’elle est en détention depuis plus de trois ans.

YR : Que vous  apporte ce bénévolat particulier ?

Un autre regard sur la prison et également sur la réalité de la vie de ces  personnes qui ont chuté.

YR : De visiteur de prison à Président d’Auxilia, quel chemin ?

A Fleury, un autre visiteur membre d’Auxilia a lancé un appel pour renforcer le groupe. La fonction de correspondant de prison Auxilia, différente de celle de visiteur, m’a intéressé. J’ai donc adhéré à Auxilia.

Il m’a ensuite été proposé d’entrer au conseil d’administration et d’être secrétaire. En septembre 2020, le président Guy Larible en fin de mandat, ne souhaitait pas exercer un nouveau mandat. J’ai été élu pour lui succéder, et suis devenu Président de cette belle association.

YR : Quel est le rôle du correspondant de prison Auxilia ?

Le  correspondant de prison Auxilia n’est pas forcément un formateur.
Entre la 1ère démarche de la personne détenue qui souhaite suivre des cours et son inscription définitive par Auxilia, le correspondant rencontre la personne, voit avec elle si la formation demandée correspond bien à ses besoins ou à ses capacités.

Le correspondant fait le lien entre les formateurs et les apprenants. Ceux-ci peuvent parfois se décourager et ne pas renvoyer leur travail par exemple. Le suivi des formations peut se faire en lien avec le RLE – référent éducation nationale – qui est le responsable local de l’enseignement, et le CPIP – conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation -. Le correspondant entretient des contacts avec le chef d’établissement et le/la DSPIP.

YR : Pouvez-vous nous parler d’Auxilia ?

Depuis 90 ans, Auxilia oeuvre auprès des personnes démunies et isolées pour leur donner une nouvelle chance. Elle gère un budget de 5,5 millions d’euros environ, a une cinquantaine de salariés et présente 3 pôles distincts.

Pôle N° 1 = l’enseignement à distance EAD

C’est ce que les visiteuses et visiteurs connaissent le mieux, l’enseignement à distance pour les personnes détenues. Nous avons 900 bénévoles, la plupart formateurs, dont certains sont également membres de l’ANVP. Ces formateurs assurent à distance des cours dans de très nombreuses disciplines classiques, français, langues étrangères, histoire-géographie, mathématiques, philosophie, droit, économie, mais aussi de l’enseignement artistique et technique pour les parties théoriques.

La directrice de l’EAD, Bérangère Eldin, 3 autres salariés, ainsi qu’une vingtaine de bénévoles viennent régulièrement au siège à Nanterre effectuer des tâches administratives ou autres.

Quand le dossier de la personne détenue est accepté, elle règle 20€ de frais de dossier pour sa (ou ses) formation(s) . Reste à sa charge le papier pour les devoirs, les enveloppes et les timbres, ce qui représente une difficulté pour certaines.

Le retour des devoirs transite par le siège, le formateur ne donnant pas son adresse personnelle.      

Nous avons des projets pour nous appuyer sur des supports numériques. Mais si les détenus peuvent disposer à leurs frais d’un ordinateur, il n’y a pas d’accès à Internet. Il conviendrait de faire évoluer ce point pour que les apprenants en détention puissent bénéficier de ces supports.

Pôle N° 2 = Centre de Rééducation Professionnelle CRP

Aujourd’hui, le CRP accueille des personnes reconnues « travailleur handicapé » afin de les aider dans leur reconversion professionnelle en leur proposant différents parcours. Situé au siège de l’association à Nanterre (92), ce centre peut accueillir 120 stagiaires en non-résidentiel. Un groupe de formateurs enseigne différentes matières et prépare les stagiaires à un nouveau métier. Les formations durent de 6 mois à 2 ans, avec un accompagnement psycho-sociologique. La covid a nécessité une grande adaptation de la part de toute l’équipe afin de proposer un enseignement à distance aux stagiaires, sans avoir de rupture de formation durant le confinement, ce n’était pas évident.

Pôle N° 3 = Pôle Hébergement et Insertion

Auxilia possède à Bourg-la-Reine dans les Hauts-de-Seine, un pavillon qui accueille 20 femmes avec ou sans enfant. Elles y sont hébergées et préparent leurs repas avec les dons des magasins à proximité.

A Malakoff, notre Point d’Accueil de Jour PAJ peut recevoir jusqu’à 350 personnes. Chaque jour des personnes viennent prendre un café, une douche, faire une lessive, et trouvent aide et conseils auprès de l’équipe psycho-sociale.

Également à Malakoff, nous gérons un Centre de Mise à l’Abri CMA, dispositif d’hébergement d’urgence, pour 18 personnes en grande précarité. Adressées par le 115, elles sont hébergées pour une durée de deux semaines.

Enfin, le ‘Centre d’Hébergement d’Urgence alternatif à l’hôtel’ est une structure accueillant des femmes en situation de précarité avec enfant(s) sortants d’hôtel. Ces personnes bénéficient d’un suivi social.

Ainsi dans ces différents lieux, on aide et accompagne environ 500 personnes.

YR : En tant que Président, quelles sont vos ambitions pour Auxilia ?

Une communication externe dynamique permettait de mieux faire connaitre nos actions. Nous avons commencé depuis plusieurs mois un travail collectif pour une meilleure osmose entre nos trois branches, favoriser et amplifier les synergies. Nous aimerions aussi accroître notre capacité d’accueil à Bourg-la-Reine, mais cela nécessite la mobilisation de fonds importants.

AUXILIA et l’ANVP

La convention de partenariat signée en 2014 entre l’ANVP et Auxilia est arrivée à expiration. Nos deux associations conviennent qu’elle a été plus théorique que pratique. Nous partageons les mêmes valeurs et avons des adhérents ayant la double appartenance. Nous échangeons sur le bilan comme sur les attentes de part et d’autre. Ces échanges devraient aboutir assez vite sur une nouvelle convention et des actions communes.

Document réalisé par Yves Racovski, visiteur à Villepinte

Site de l’association Auxilia

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