Confinement, un petit goût de détention

Avec le Covid-19, chacun d’entre nous peut goûter au confinement et, de ce fait, vivre un tout petit peu les difficultés que rencontrent les personnes détenues.

Un surveillant dans les couloirs de la prison de Bois d’Arcy, située dans les Yvelines, le 8 juillet 2014. (Photo d’illustration)- KENZO TRIBOUILLARD / AFP –

Nous, visiteurs, sommes particulièrement sensibles à leur situation, et de ce fait pouvons mieux comprendre leurs difficultés, à travers nos réactions personnelles au confinement. En particulier nous découvrons une nouvelle relation au temps.

Comme les personnes en détention préventive qui ne connaissent pas la date de leur procès et donc pas la durée de leur peine, nous n’avons aucune vision sur la durée de notre confinement, ce qui induit une baisse de moral et de motivation, une perte de repères, même pour ceux qui sont actifs… Combien de personnes détenues ne sont pas capables de se projeter – même si elles savent qu’elles auront une longue peine – tant qu’elles ne sont pas jugées et ne connaissent pas la durée précise de leur incarcération ?

Comme les personnes en détention, nous devons limiter nos activités en respectant des plages horaires, ce qui contrevient à notre esprit de liberté et à notre libre arbitre, ce que nous pouvons à juste titre considérer comme insupportable.

Comme les personnes en détention, nous devons utiliser au mieux notre temps. Pour nous, c’est déjà difficile avec tous les moyens techniques et la liberté dont nous disposons – internet, skype, le téléphone, voire un jardin… – ce dont les détenus sont privés.

Comme les personnes en détention, certains d’entre nous peuvent se sentir les uns sur les autres, à vivre 24h/24 avec toute la famille en vase clos… Mais nous ne sommes pas trois inconnus dans une cellule de 9 m2 !

Contrairement aux personnes en détention, nous avons la chance de pouvoir garder le contact avec les personnes qui nous sont chères, maintenir nos liens avec les apéros-Skype, continuer à travailler à distance, regarder des informations et des divertissements sur internet.
Nous pouvons aussi sortir un peu, librement, pour faire des courses ou se dégourdir les jambes.
Nous pouvons nous rassurer et limiter nos risques en respectant les gestes barrières, ce qui n’est guère possible en milieu carcéral.

Alors soyons de tout cœur avec les personnes détenues.
Témoignons auprès de nos relations afin que tous comprennent ceci un peu mieux que d’habitude : ce confinement « insupportable » que nous vivons se compte en semaines. Cependant il est considérablement plus facile à vivre que la vie carcérale, qui se compte en mois, en années. et que la perte de perspectives liée à la détention peut avoir des impacts infiniment plus lourds sur les personnes qui y sont confrontées.

Alors, Covid-19, merci pour les leçons de vie que tu nous donnes !

Hubert Gourden, visiteur à Bois d’Arcy

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